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CONDÉ (Louis-Joseph de Bourbon, prince de). Lettre autographe signée [à un ministre, probablement l'Anglais William Pitt]. Rothenburg-am-Neckar [près de Tübingen], 17 avril 1794. 4 pp. in-4. SUPPLIQUE POUR OBTENIR UN PRET D'ARGENT AFIN DE SUBVENIR AUX BESOINS DE SA FAMILLE. Le prince avait alors fait prendre ses quartiers d'hiver à l'armée d'émigrés qu'il commandait en chef, à Rothenburg-am-Neckar dans le duché de Wurtemberg, à 80 km de Strasbourg. « Le noble intérêt que vous marquez à tous les émigrés françois, la protection dont un roy généreux les honore, toutes les preuves de bienveillance qu'une nation assez éclairée pour employer constamment votre génie, veut bien leur prodiguer, me déterminent à m'adresser avec confiance et sans intermédiaire à Votre Excellence pour la prier de m'être utile, de la manière qui seule me convient, et de me rendre un service personnel qui ne tient en rien aux affaires publiques ; depuis 5 ans, j'ai été assez heureux pour n'être à charge à personne, et pour vivre de quelques fonds que je suis parvenu à sauver du naufrage ; une partie de ces fonds, et tous ceux que j'ai reçu de la générosité de l'imp[ératri]ce de Russie, ont été employés au soutien de la noblesse, et du corps que je commande ; j'ai eu l'honneur d'en mettre le compte, sous les yeux de cette illustre souveraine ; la Révolution se prolongeant au-delà du terme que j'avois cru pouvoir juger, je ne crains point d'avouer à V[otre] E[xcellence] (la cause en est trop noble pour en rougir) que je me trouve dans le plus grand embarras pour faire subsister ma famille, je supplie cependant V[otre] E[xcellence] de garder ce secret pour elle seule ; JE LUI DEMANDE DONC SES BONS OFFICES, POUR ME FAIRE PRETER PAR QUI ELLE LE JUGERA A PROPOS, ET PLUTOT QUE PLUS TARD, S'IL EST POSSIBLE, LA SOMME DE 300 000 LIVRES DE FRANCE, EN OFFRANT POUR HYPOTHEQUE MA TERRE DU DUCHE DE GUISE, qui me valoit 600 000 l[ivres] de rente et dont les troupes impériales sont si près qu'elles ne peuvent faire un pas en avant sans soustraire ce pays au joug des régicides ; je laisserois V[otre] E[xcellence] absolument maîtresse des conditions ; elle connoît mieux que moi la possibilité de fixer une époque pour le remboursement, mais dans tous les cas, je désirerois qu'elle fût éloignée. Il est peut-être indiscret à moi de distraire un moment V[otre] E[xcellence] de tous les soins qu'elle se donne pour la destruction du crime et de l'anarchie, et pour le triomphe de l'ordre et de la vertu ; mais J'AI PENSE QU'UN AUSSI GRAND MINISTRE NE SEROIT PEUT-ETRE POINT INSENSIBLE AU PLAISIR D'OBLIGER, SANS FAIRE TORT A PERSONNE, UN PRINCE FRANÇOIS DONT LA CONDUITE EST PURE, bien plus touché sans doute des outrages qu'on fait à son Dieu, à son roy, à son pays, que de ses propres malheurs, ce qui ne demande que la possibilité de continuer, dans la place qui lui sera marquée par les souverains, à risquer sa vie, pour tous les objets de sa vénération, de son amour, et de sa fidélité. Plein d'une admiration bien sincère, et qui datte depuis longtems, pour les talents de V[otre] E[xcellence], je la prie de vouloir bien, par le service que je lui demande, et de la manière dont je le désire, me mettre dans le cas d'ajouter le sentiment de la reconnoissance à tous ceux de parfaite estime et de considération distinguée avec lesquels je suis, Monsieur, de V[otre] E[xcellence], [le] très affectionné serviteur... »