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11. Louis Dupré (1789-1837) « Un Giahour », Autoportrait, Rome, 1821 Pierre noire et aquarelle sur papier 20 x 14 cm. Signé, localisé et daté, en bas à droite : L.Dupré Rome 1821 Titré en bas au centre : Un Giahour (« Un infidèle ») Elève de David, nommé peintre officiel de Jérôme Bonaparte en 1811, Louis Dupré reçoit en 1814 une pension pour étudier en Italie où il séjourne entre Naples et Rome. Il y fait la connaissance de trois Britanniques amateurs d'art, Hyett, Hay et Vivian, qui vont lui donner l'occasion de se rendre en Grèce, en février 1819. "Familiarisé dès mes plus jeunes années et sous la direction de l'illustre David, avec l'histoire et les chefs-d'œuvre de la Grèce, j'avais rêvé ce voyage, dans mon enfance même; plus tard, je sentis s'accroître mon désir, quand, amené par mes études au sein de l'Italie, je pus, au milieu de tant d'œuvres diverses, comparer les anciens avec les modernes, confronter ainsi les imitations avec les modèles, et, par ce rapprochement, me convaincre de la supériorité que, dans leur mutilation même, ces dépouilles de l'antiquité conservent encore sur les beaux ouvrages des grands maîtres de la Renaissance". Le voyage en Grèce constitue selon ses dires un pèlerinage nécessaire pour "tout homme qui aime ou qui cultive les arts", sur "cette terre sacrée qui vit leur naissance et leur gloire". Ses compagnons lui proposent "des arrangements honorables", son voyage étant défrayé et une somme importante devant lui être remise à son retour. Dupré passe trois mois en Grèce, notamment chez le consul français Fauvel, dont il réalise un célèbre portrait (fig.2). puis trois autres en Turquie. A son retour à Rome, en avril 1820, Dupré décide de faire paraître un récit de son voyage. « Voyage à Athènes et à Constantinople » est publié, de 1825 à 1839, en 10 livraisons, chacune composée de pages de texte et de quatre planches, reproduites d'après les dessins et les aquarelles que l'artiste envoyait régulièrement au Salon (de 1824 à 1837). Considéré comme "certainement le plus bel ouvrage jamais réalisé sur la Grèce et la Turquie" (Henry Myron Blackmer, 1923-1988, bibliophile émérite, spécialiste du sujet), le Voyage à Athènes et Constantinople contient un bel autoportrait lithographié de Dupré, dédicacé à Léon Coignet (1794-1880), son ami rencontré à Rome. Notre dessin, en tout point semblable, est certainement le dessin qui servit à la lithographie. Annoté avec dérision « Un Giahour », il s’agit certainement d’un clin d’œil au poème éponyme de Lord Byron (1788-1824), publié en 1813. Nul doute que les deux hommes devaient partager les mêmes vues philhellènes, appelant à l’indépendance de la nation grecque (fig.5.). Si l’engagement de Byron pour cette cause fut total et sacrificiel (il meurt au siège de Missolonghi en 1824), les illustrations de Dupré, à leur humble niveau, firent beaucoup pour gagner nombre de consciences françaises. Deux ans après la publication de la première livraison, les couronnes françaises, anglaises et russes, s’allieront afin d’écraser, à Navarin (20 octobre 1827), la flotte turque, première étape de l’Expédition de Morée, campagne rapide au cours de laquelle les 15.000 soldats français du Général Maison libèreront définitivement, le 5 novembre 1828, les grecs d’un joug de cinq siècles. Illustrations comparatives : Fig.1. Louis Dupré. Le Consul Louis Fauvel à son chevalet, L'Acropole à l'arrière-plan, huile sur toile, 55 x 62 cm., Sotheby’s Paris, 26 juin 2014, lot 72. Fig.2. Page de titre de « Voyage à Athènes et à Constantinople ». Fig.3. Louis Dupré. Autoportrait, lithographie, in « Voyage à Athènes et à Constantinople ». Fig.4. Page de titre de « The Giaour » Londres, 1813. Fig.3. Louis Dupré. Combattant grec, lithographie, in « Voyage à Athènes et à Constantinople ». Estimation 1.500 – 2.000 euros